La chronique de Vincent Delebarre

Une journée sur le parcours

Durant cet été, j'ai l'occasion d'arpenter le sentier de l'UTMB® 5 tours complets. Sur chacune des étapes, je vous propose alors le récit d'une dizaine d'heures vécue au rythme des imprévus. Pouvait-on les anticiper? Comment avons nous réagi? Ces expériences vous aideront j'espère à mieux appréhender votre épreuve.
Rendez-vous ici tous les 3 jours. Bons entraînements!

Refuge de la Croix du Bonhomme - Refuge Bertone ; 20 juillet
HIVER ÉTÉ

Le vent qu'on entendait souffler au travers des volets, encore emmitouflés dans nos chaudes couettes, puis au réveil la vision polaire derrière les fenêtres, glace quelque peu les ardeurs. Pourtant c'est comme des enfants aux sports d'hiver, heureux et confortables dans nos bons vêtements secs, que nous gambadons vers les Chapieux. 15 cm d'une neige seiche et froide (il doit faire - 3 degré) avec un petit vent qui accélère notre éveil nous donne un moment privilégié de traileur. La neige s' humidifie et les pieds aussi. Le terrain est maintenant ultra glissant. C'est vrai que cette descente du bonhomme est souvent technique de ce fait lorsqu'il fait ou a fait pluvieux. Un superbe arc en ciel salue notre progression maintenant plus facile, signe que le soleil va poindre son nez. Le col de la Seigne est moins enneigé et les couleurs sous ses rayons de plus en plus nombreux sont magnifiques. Bizarrement il fait plus frais en redescendant sur Combal mais c'est du à un grain qui revient par l'est, derrière nous. Jusqu'ici nous n'avons pas quitté souvent gants, sur pantalon et veste avec sa capuche car la journée reste bien fraîche. Cependant au col Checroui l'été se souvient à lui même. Et sur la remontée à Bertone les shorts et t- shirt sont notre panoplie redevenue plus appropriés à l'époque. Quel contraste entre ce matin et ce soir ! Au refuge il est 17h30 et la détente et la bonne humeur indiquent une journée pleine et réussie. Ce havre de paix nous fait oublier les efforts, tel le ravito en course où on laisse le temps au temps pour se reconditionner, oui mais là on est en vacances, sans dossard et on en profite... avant de vivre bientôt, volontairement, ce qu'il faut bien s'accorder d'appeler une vrai galère ! Si si !

Chamonix - Refuge de la Croix du Bonhomme ; 19 juillet
GOUTTE FROIDE

Cette chronique mise volontairement à la sauce météo nous en raconte décidément de toutes les couleurs. C'est clair que les épisodes dépressionnaires sont réguliers et ne rendent pas faciles ces étapes d'entraînement. En tout cas elles amènent une bonne expérience. Aujourd'hui celle de la gestion d'un temps bien frais et humide. Nous arrivons à 11 au "Bonhomme", l'alpage tout blanc, et c'est frigorifié que nous entrons dans le bien nommé refuge. Je ne pensais pas avec certitude atteindre cet objectif à la lecture des prévisions mais un petit répit nous permet de ne prendre "la sauce" que sous le col. Neige, vent et corps humide permettent à certains d'être sûr qu'on ne les reprendrait plus ! Ces conditions en fait sont acceptables pour peu qu'on ait pris de bons gants et une bonne veste. Mais si le jour (la nuit) de la course elles sont telles, alors ce sera dur de toute façon. Et ce ne sont pas des conditions d'annulation (pas d'orage violent, pas de coulées ...). Je pense qu'aucune édition n'a encore connu cette ambiance météo ; alors cela arrivera bien un jour, puisque c'est arrivé aujourd'hui. Au refuge, à l'heure où j'écris ces lignes, les onglets ont passé, les frissons se sont arrêtés, tout le monde est bordé sous sa couette, heureux, rassasié et avec dejà l'envie d'en découdre demain.

Auberge Bon Abri – Chamonix ; 16 juillet
TEMPS IDEAL

Le départ est lancé à 5h00 du matin. Re-lampe avec piles usagées, re-lampe à l’envers et re-lampe mal utilisée. Ceci dit, cela permets de régler ce qui ne va pas pour le jour J, enfin la nuit N et même la N+1 ! Le jour se lève vite dans l’ascension de Bovine et heure après heure c’est un vrai régal. Température, forme de tous et paysage de carte postale permanent, donnent à cette étape un air de facilité à la pratique de notre sport favori. Les jambes sont pourtant bien dures pour certains et quelques tendinites ou autres douleurs montrent qu’en 4 jours ce n’est pas tant aisé que de boucler la boucle. Nous réussissons déjà un vrai challenge physique. Il faudra le réaliser bientôt sans toutes ces pauses si sympathiques des refuges.

Refuge Bertone  – Auberge Bon Abri ; 15 juillet
VENT

7h30. Grand beau. Pas un nuage. Philippe l’assistant du stage redescend les sacs d’appoints qui nous ont servi à être propres et frais pour l’étape. Celle-ci sera fraîche en dépit du ciel limpide. Avant le départ, à la question faut-il les gants je réponds que oui biensûr. C’est vrai qu’à l’alpage de Bertone il fait assez bon et que tout augure d’une chaude journée. En fait, au Grand col Ferret, que nous voyons depuis ce beau balcon dominant le Val Ferret Valdôtain  et que nous passerons près de 4 heures plus tard, un ourlet de nuages orographiques montrent que nous allons avoir du vent. A Helena c’est une certitude. Nous nous équipons de pied en capes de nos vestes et sur pantalons tant la fraîcheur est accentuée par ce fameux effet windshield. Bizarrement au col, même s’il ne fait pas chaud du tout et si la photo est prise à la hâte, les conditions ne sont pas aussi sévères que ce que j’envisageais. Mais de monter dans un confort thermique nous a certainement permis de garder quelques énergies supplémentaires. Toujours utile.

Refuge de la Balme – Refuge Bertone ; 14 juillet
BROUILLARD

Nous partons à 6h30 dans le brouillard. Mais la fine bruine n’a rien de comparable à hier et vers la Croix du Bonhomme il y a même un halo de lumière qui laisse deviner le soleil qui va poindre ses rayons bientôt. Les 700 mètres de ce premier grand col sont aisés quand on est frais comme nous après une bonne nuit. C’est vrai que ce n’est pas la même après 4 ou 8 heures de course, temps de course mis ici entre premiers et derniers. Nuit superbe pour tous cependant, quand elle est claire, avec cette colonne de lumières des frontales qui serpentent dans la pente.
Dans l’ascension du Col de la Seigne, il fait soleil en bas mais le haut est couvert. Je me rappelle en 2009 mon ascension : connaissant le parcours presque par cœur (j’en suis à 30 tours dont 15 en encadrement de stages) j’ose dire ici que je m’étais perdu ! C’est dur à imaginer et pourtant… Le balisage, pourtant excellent sur le parcours, n’a pas suffit face à une baisse de vigilance. Le brouillard était dense. J’étais en 2ème position, à une vingtaine de minute du 1er, Kilian en l’occurrence. Je commençais à entrer dans un petit creux de forme et 3 coureurs me revenaient dessus. Il s’agissait de Scott Jurek, Julien Chorier et Pascal Parny. Je me mettais alors dans leurs pieds pour ne plus rien avoir à penser, essayer de suivre, et presque je m’assoupissais en marchant car la lassitude était là. Quand soudain Julien m’interpelle. - Hey Vincent, le chemin, il est à droite ou à gauche ? - Hein, quoi ? Je lève la tête ; tout pareil, et une sente sous nos pied en lieu et place du chemin si bien marqué de ce col où on ne peut pas se perdre ! - Ben je sais pas ! Essaie à droite. Malheuresement, nous changeons de direction vers la droite trop tôt (c’était bien à droite) et à force de lacets hasardeux nous nous retrouvons finalement bien mal embarqué. Je me souviens alors que j’étais bien réveillés et assis sur une souche mes 3 compères me regardaient réfléchir. J’aime l’orientation mais sans carte c’est moins facile ! Je décidais de prendre à flanc et nous rejoignâmes la crête en contre haut du col. J’appelais ohé le col et on me répondît. Ouf. Nous avons perdu entre 15 et 20’ dans cette affaire. Comme quoi tout peut arriver même dans une organisation bien cadrée. La vigilance est une capacité à garder, même fatigué.

Chamonix-refuge de la Balme ; 13 juillet
PLUIE-ORAGE

Ce matin, nous le savions grâce aux prévisions météo, nous allions tester nos vêtements de pluie. Mais le ciel nous accorde pour le départ un moment de répit. Presque nous aurions pu croire que nous allions passer entre les gouttes. Que nenni ! Sitôt à l'Alpage de la Charme que nous nous trouvons dans un petit coup de tabac avec vent et pluie bien dense qui transperce en un instant nos minces vêtements de traileur ultralight. Rincés mais heureux de ne pas trop subir, les 13 gars et filles descendent à Saint Gervais sereins en l'avenir. Je sais personnellement que notre objectif est loin d'être atteignable si facilement : le Col du Bonhomme sous ces conditions ne va pas être pépère. Déjà qu'il ne l'est pas lors d'une étape sèche... Pour l'apres-midi il est annoncé pire et orageux. Je décide alors d'appeler Didier du Refuge de La Balme pour lui demander refuge, justement! (et d'appeler Tristan à la Croix pour annuler). En effet, pas question de franchir le col, pour gérer au mieux la suite de notre périple et surtout dans un souci de sécurité. A midi, pour le confort, nous faisons halte au sec au Gite du Champel, chez Serge, venu nous chercher sur le sentier. Soupe chaude derrière les vitres par lesquelles nous observons un véritable déluge. Que c'est dur de repartir de cet endroit chaud ! Mais nous voilà sous les éléments et bien habillés cela va bien. L'orage gronde souvent. J'ai même revêtu un poncho (chose rare). Nous arrivons à la Balme, contents de notre choix, trempés mais avec cette 1ère étape en moins. Demain il faudra faire plus long, mais l'étape sera bien meilleure !

Auberge Bon Abri (CH) - Chamonix Mont-Blanc (FR 74) ; 30 juin
BROUILLARD MAIS PAS DE COUTEAU

Au départ, à 4h30 ce matin, nous sommes content de voir qu’il ne pleut plus. Il bruine seulement. La lumière de nos frontales ne pénètre pas totalement le brouillard épais mais illumines comme une luciole chacune des gouttelettes du stratus, donnant une ambiance sympathique. Des le premier chemin technique, avant d’aborder l’approche de Bovine, c’est l’occasion de constater les différence entre nous de la qualité d’éclairage. Avec mon Ultra de PETZL je prend de l’avance et me retourne pour quelques clichés. Mais où sont-ils ? C’est clair (enfin pas partout justement) qu’allant comme en plein jour je n’ai pas eu de mal à distancer le compagnon de route avec son ustensile peu efficace et surtout pourvu de piles trop usagées.  Moralité : mieux vaut avoir lourd et avancer que léger et se prendre l’arbre ! Depuis quelques années déjà je ne rechigne pas à la puissance de l’éclairage. En plus de mieux aller, cela rassure et repose. Il fait bientôt jour en cette fin de juin. Le brouillard est toujours là mais le temps devient sec. Bovine est vraiment facile quand on part frais comme nous, et, incroyablement courte, son ascension est vite enjambée. Et pourtant ce haut lieu est un crux (jargon du grimpeur) sur le tour car cela fait longtemps qu’on est parti et surtout il faut faire de grands pas. La fatigue et le manque de force font le reste. Nous arrivons à Trient puis Vallorcine et le ciel semble alors se dégager. A la tête aux vents c’est avec bonheur des yeux que culottes de gendarme et autres trouées s’ouvrent à eux pour nous offrir tantôt un talisman de "Verte" et plus tard oeuillet de "Chardonnet". A partir de la flégère c’est un bouquet de chaîne du Mont-Blanc qui nous apparaît comme une offrande à notre exploit: le tour du Mont-Blanc, parcours exact de l’UTMB® 2011, en 4 jours. Et oui j’ai bien dis un exploit. Qu’est-ce que cela doit être sans s’arréter !

Refuge Bertone (IT) - Auberge Bon Abri (CH) ; 29 juin
ORAGE JE GARDE ESPOIR

La météo annonçait la veille un temps nuageux dès le matin avec des orages possibles en milieu de matinée. En partant à 7h30 nous serons au mieux à Arnuva à 10h00. En reconnaissance et avec un véhicule d'assistance nous avons pris soin le soir d'avant et malgré un ciel encore bleu azur de compléter nos sacs de gants autres que de soie et je préconise à cette occasion des sur-gants étanches, légers et respirants, idéaux en "fond de sac". Les autres effets, obligatoires le jour J, sont déjà dans le sac, mais une vérification s'avérera utile pour une veste sans capuche. Demain la perspective d'un Grand col Ferret sous le mauvais temps doit être considérée sérieusement. Je sais déjà que si l'orage est présent, soit nous décalerons notre ascension depuis Arnuva, soit nous irons en Val Ferret suisse en véhicule. Pourtant ce matin nous prenons notre groupe en photo au dessus de Bertone avec le formidable arrière plan Mont-Blanc de Courmayeur et dent du Géant ! Le grand col Ferret est couronné d'une flammèche de nuages mais le temps sec devrait tenir et il tiendra. Au sommet il fait du vent, comme souvent, mais celui ci est particulièrement chaud pour l'altitude. Le ciel est maintenant bien bouché cet après midi. Encore quelques percées lumineuses pour agrémenter notre pause pic nic quotidienne, ici au village de Ferret, et cela s'obscurcie vraiment alors que nous nous approchons de Praz de Fort. L'orage se fait entendre au loin ; il est sur Champex. Nous n'essuierons que quelques averses juste suffisantes pour tester un peu nos vestes. A l'auberge, enfin au sec, nous regardons rassurés et chanceux par la fenêtre une pluie droite, soutenue, dense et persistante qui nous épargne... Pour aujourd'hui.

Refuge de la Croix du Bonhomme (FR 73) - Refuge Bertone (IT) ; 28 juin
TEMPS SEC MAIS TRAILER ARROSE

Il fait un temps tout bleu au départ de cette 2ème étape. Face au mont Pourri nous descendons sur les Chapieux déjà en petite tenue à 7h30.
Soucieux de la chaleur à venir et chat échaudé craignant l'eau froide, nous décidons d'anticiper les effets cassants de la chape de plomb en nous arrosant systématiquement à chaque point d'eau, fontaine, lac et torrent. Du coup l'expression sus-citée  est à l'opposée : vive l'eau fraîche ! Le bandana mouillé en continu autour du coup fait merveille. J'essaie une tactique vestimentaire qui consiste à garder un sous vêtement lycra fin et à manche longue, lequel est mouillé lui aussi. Le résultat est remarquable. La journée, pourtant chaude, se passe très bien. Nous croisons un groupe de trailers en reconnaissance comme nous mais visiblement beaucoup moins frais. Cette étape au climat particulier et non coutumier aura été très instructive. La régulation thermique par l'eau est très efficace et l'eau coule à flot. Fin août les débits seront moins importants mais les salvateurs oasis toujours existants.Demain la météo prévoit des orages dès le milieu de matinée. Nul doute que nous apprendrons à gérer tout autre chose !

Chamonix Mont-Blanc (FR 74) - Refuge de la Croix du Bonhomme (FR 73) ; 27 juin
CHAUD !

Trop froid ça va pas, trop humide non plus ! Et bien trop chaud nous avons testé pour vous dès cette 1 ère étape : c’est une condition à gérer aussi et cela peut provoquer malaise, contre performance et même abandon.
Nous sommes 13 ce matin. Une vraie belle journée de soleil. Ça va être agréable. Certes en bonne partie grâce à l'ambiance du groupe, bonne d'emblée mais aussi avec la météo : beau. Oui mais trop chaud ! Dès Voze c'est le caniard. Qu'à cela ne tienne il faut que ça serve d'expérience. Et l'on saura désormais qu'on ne boit jamais assez dans ces conditions là, qu'il faut s' asperger au moindre point d'eau ; les quelques défaillances dans le col du bonhomme l'on été certainement en parti à cause de cette grosse chaleur subie la journée durant. Alors il fera nuit pour tous sur ce 1er quart de l'épreuve mais ce devait bien être pareil aujourd'hui en Val d'Aoste. Et fin août c’est possible ? Pour avoir arpenter maintes fois ce sentier de la gloire presque tous les mois de l’année, je peux dire qu’il faut lire la météo la veille et le jour même. J’ai eu de la neige en juillet et j’ai eu du chapeau de plomb en mai !
Demain il annonce le même type de temps. Nous voilà prévenu.

Ultra-Trail®

and scientific research

Medical advice

Supporters